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mercredi 22 mai 2013

9. Kline, parti rejoindre ses personnages dans l'Eternité...


Quand on tente de réaliser un document relatant (entre autre) les existences et le travail d'auteurs du passé, et par conséquent avancés en âge, on court évidemment le risque que le temps (impitoyable) et la nature (idem) ne se mettent en travers de la route du pauvre documentaliste...

Aujourd'hui, plus qu'un "intervenant" dans un film, c'est un ami qui est parti.
Il s'en est allé rejoindre ses personnages, et notamment son cher Loup-Noir, dans des contrées lointaines qui ressembleraient peut-être aux vastes plaines du Dakota...
Kline (de son vrai nom Roger Chevallier) a été un véritable artisan de la bande dessinée réaliste de l'Après-guerre et l'un des piliers des récits d'aventures du journal Vaillant puis de Pif-gadget.

Son personnage de Loup-Noir, ce magnifique Sioux solitaire épris de justice, était devenu son frère de papier. Il en partageait beaucoup de valeurs, au fond.

Rencontré en 2008 et interviewé début 2010, j'espérais pouvoir compléter les images tournées avec lui. (il n'était pas friand de l'exercice, en bon Breton taciturne). Son état de santé décalait indéfiniment ce moment, mais je pense surtout qu'il n'avait guère le goût de la lumière braquée sur lui. Il préférait de loin qu'on discute autour d'un déjeuner de choses plus passionnantes, en tous cas à ses yeux.
Nos conversations, à table, tournaient plutôt autour de sujets philosophiques. Il s'était mis depuis longtemps à l'étude de la pensée bouddhique et de la physique quantique. C'est peu de dire qu'il était à mille lieues des considérations matérielles qui encombrent l'existence de ses contemporains, dans la BD ou tout autre domaine...

Mais il était capable de s'enflammer lorsque je l’aiguillonnais sur tel ou tel aspect graphique de son travail, notamment son étonnante maitrise des contrastes profonds et ses cadrages très cinématographiques.
Il avait commenté pour la caméra une planche de Davy Crockett (scène d'hiver dont il me décrivait le rapport au cadrage et au rythme cinématographiques) et une autre, de Loup-Noir, qu'il m'a offerte avec une petite dédicace qui me met les larmes aux yeux chaque fois que je passe devant.

Planche de Davy Crockett. Kline explique son rapport au cinéma.
Il m'avait également présenté son ébauche d'une série de science-fiction qui n'avait pas été retenue par Pif-gadget.

Je percevais chez lui à la fois une certaine fierté pour le travail accompli (il fut l'un des dessinateurs réalistes les plus réguliers et consciencieux de la presse jeunesse !) et aussi une certaine amertume pour la manière dont son travail avec son personnage-fétiche avait cessé (désaffection des lecteurs, moins intéressés par les récits "western" classiques à l'heure de Goldorak et Scoubidou, manque d'intérêt des la rédaction pour son travail à la fin des années 70...). Il aurait sans doute apprécié qu'on puisse exposer ses planches (splendides !) au public ou qu'on honore son artisanat de haute qualité, mais jamais il n'aurait songé à susciter la chose.

Il tiendra une place à part dans ce film-fleuve : comme Gerald Forton (ils s'appréciaient beaucoup mutuellement), il y sera l'un de ces magnifiques artistes solitaires et infatigables, qui font rêver les jeunes lecteurs en prenant plaisir à leur transmettre leur ration d'exotisme, d'aventure, de mouvement et - souvent avec modestie - d'exploits graphiques.

J'ai aujourd'hui une pensée pour sa veuve, Micheline, dont il m'a dit souvent qu'elle avait été la véritable inspiration de sa vie.

Quelques liens :

Article rédigé avec l'aide de Giles Ratier pour BDZoom.

Dossier Kline sur le site Pif-collection

Le fameux n.64 de Pif-gadget avec Loup-Noir en vedette

On pourra voir Kline quelques secondes dans la prochaine "bande-annonce" du film à venir, faisant preuve d'un certain sens de l'humour et beaucoup d'autodérision...

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Février 1969 : teasing dans Vaillant pour annoncer le passage à Pif-gadget, avec l'un de ses nouveaux héros.
Réédition des aventures de Davy Crockett en 1978-79, en petit format.
Planche de "Loup-Noir". Perfection des ambiances et des contrastes.
Ebauche pour un projet de récit de science-fiction destiné à Pif, dans les années 80, mais non retenu par le journal.
Album réalisé en région, en 1981. Ci-dessous le dessin servant à la couverture. Un magnifique classicisme qui aurait rendu jaloux l'auteur d'Alix !
 
 Joie tardive pour Kline de voir ses récits enfin en album, parallèlement à la republication de Loup-Noir dans le nouveau Pif-gadget (2004-2008) en couleurs (ci-dessus, album unique) pour Pif Editions et en noir et blanc (plusieurs albums) pour les édition du Taupinambour.

  
Dans le livre-somme de Richard Médioni (ancien rédac' chef de Pif-gadget) consacré à Vaillant, Pif et quelques autres, une place respectable est évidemment donnée à Kline et ses bandes réalisées avec Jean Ollivier (cliquer sur le livre pour voir le clip) : 


A la fin d'une séance d'interview, Kline avec un (ancien) jeune lecteur de ses bandes.

jeudi 19 juillet 2012

1. Moteur !

Qu'on appartienne à la génération des vieux trentenaires ou à celle des jeunes quinquas, le nom de "Pif-gadget" suffit pour qu'immédiatement toute une ribambelle d'images colorées surgissent à l'esprit : pour les uns c'est le souvenir des fameux gadgets qu'on déballait le jeudi matin (puis le mercredi ou le lundi ou le samedi, selon la période...) pour les casser souvent avant le coucher du soleil. Les autres, les plus nombreux, ressentent évidemment un vent de nostalgie liée à ces compagnons d'enfances qui se nommaient Rahan, Docteur Justice, Placid et Muzo, Totoche, Dicentim le petit Franc, Gai-Luron, ou pour les plus pointus d'entre eux, les Pionniers de l'Espérance ou Corto Maltese...

Pour les Français nés juste avant ou après la Seconde Guerre, c'est le nom "Vaillant" qui résonne à la manière d'un cri de ralliement, et qui recoupe une histoire assez extraordinaire de la bande dessinée française, pendant un quart de siècle... avant la mue de la fin des années 60 : "PIf-Gadget" prendra alors (en février 1969) le relais pour un autre quart de siècle.
Car - il est toujours bon de le rappeler pour les plus jeunes - "Vaillant", c'est bien l'organe de presse, issu des jeunesses communistes résistantes, qui est devenu à la fois le concurrent direct de la presse jeunesse franco-belge (Spirou, Tintin, etc..), de la presse jeunesse française catholique (groupe Bayard et Fleurus) et des illustrés d'origine américaine (qu'on trouvait dans "Robinson", puis "Mickey", etc..)

Voilà pour un résumé très très succinct.

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(Le 1er numéro de Vaillant (en fait le n.31 du "Jeune Patriote"), puis une version de "Vaillant le journal de Pif" dans les années 60, et enfin le 1er numéro de "Pif-Gadget" en 1969)

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Depuis 2007, j'ai entrepris un premier travail de recherches et surtout d'enregistrement de témoignages audio-visuels. Il s'agissait dans un premier temps d'accompagner en quelque sorte le travail effectué par l'équipe qui avait publié un beau livre consacré à l'histoire du journal Pif-Gadget, et de multiplier les contacts avec les anciens auteurs du journal, pour faire partager sur les nouveaux médias (internet...) leur expérience dans cette presse jeunesse dans les années 50 à 90. 
La page Dailymotion consacrée à ces vidéos se nomme "Gadgetus" - titre des pages des premiers Pif-Gadget consacrées au gadget ! - et y regroupe les vidéos tournées sous le sigle générique "Nos années Vaillant / Pif".

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FLASHBACK : un reportage-documentaire vidéo sur Pif-Gadget en 1999 !
En 1999, le réalisateur Marc Rouchairoles a eu l'idée de suivre les pas d'un collectionneur et fana de Pif-Gadget, Christophe Ménier, pour aller à la rencontre des auteurs du journal.
Ce documentaire existe encore sous forme de DVD. On y découvre quelques grandes "vedettes" du journal, et notamment quelques "figures" aujourd'hui disparues, telles que Roger Lécureux (scénariste de Rahan et membre historique de la rédaction des débuts), Jean Tabary, Paul Gillon, etc... Réalisé avec des moyens limités et dans le format vidéo de l'époque, ce film permet néanmoins de voir à l'oeuvre et d'écouter parler ces artistes, ce qui en fait de facto une archive historique incontournable !

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En 2004, la ressortie du titre "Pif-Gadget" sous une nouvelle forme pendant 3 ans, malheureusement éphémère, avait également relancé l'intérêt pour cette histoire.

Richard Médioni, ancien rédacteur en chef de Pif-Gadget et auteur du livre "Pif-Gadget, la véritable histoire - des origines à 1973", m'avait vivement encouragé à poursuivre mes travaux de "recueil de témoignages" en vidéo et je m'étais décidé à en faire un grand film documentaire qui ne se contenterait pas d'une succession d'interviews, mais tenterait au fil de ces témoignages de reconstituer l'évolution d'une certaine jeunesse française durant les "trente glorieuses", et de raconter la manière dont on s'adressait à eux, dont on nourrissait leur imaginaire, et au passage ce projet serait également une manière de remettre certaines pendules à l'heure, de restituer l'histoire contemporaine "populaire" vue et vécue à travers le prisme de la jeunesse. Le fait que les éditions Vaillant soient issues directement de comités liés au PCF est évidemment une sorte de "pierre angulaire" de cet édifice, mais l'évolution du journal et la qualité de ses auteurs s'est parfois révélée totalement indépendante de cette quasi-tutelle.
Et puis, il reste beaucoup de faits et d'informations formidables à partager, faire connaître, parfois corriger. Un fourmillement d'images et d'archives pour offrir un éclairage, sinon totalement original, en tous les cas très riche et stimulant, pertinent et impertinent, parfois émouvant sur cette période "illustrée".


(ci-dessus : Richard Médioni, lors d'un long entretien pour le film, tenant en mains une pièce très recherchée des collectionneurs : le fameux Pif-gadget contenant les "pois sauteurs"... encore dans son emballage d'origine !
Ci-dessous, Georges Rieu, rédacteur en chef qui a lancé la formule "Pif-Gadget", ici s'amusant d'être caricaturé par Gotlib dans un gag de Gai-Luron...))

Depuis 4 ans, ce projet documentaire s'est développé, et il prenait parfois la tournure d'une course contre la montre. Les auteurs et ancien collaborateurs de Vaillant et Pif-Gadget encore parmi nous ont souvent démarré leur carrière dans les années 1950 ! Pour certain, comme Kline (dessinateur de la bande "Loup-Noir" dans Pif-Gadget), cette carrière a même démarré à la fin des années 40. (il a aujourd'hui 91 ans)
Par conséquent, il y a une certaine urgence à recueillir des témoignages.
Je me suis suffisamment lamenté sur le fait de n'avoir pu interviewer Raphaël Marcello et Jean Ollivier (respectivement dessinateur et auteur de "Dr. Justice", disparus à 2 ans d'intervalle, en 2005 et 2007), ni Jean Tabary (décédé en 2011), Roger Mas (dessinateur le plus ancien de Pif après son créateur Arnal), disparu en 2010, Paul Gillon (également décédé en 2011)...
Travaillant seul en fonction des possibilités et des rencontres, mais à chaque fois dans un cadre professionnel (tant pour l'image HD que pour la prise de son), j'ai ainsi pu récolter des images inédites et souvent très précieuses.
Une vingtaine de témoignages et d'autres images forment le coeur de ce corpus d'un genre particulier, visant à restituer une certaine mémoire illustrée de la jeunesse française (mais également hors de France, comme nous aurons l'occasion d'en parler !).

(ci-contre : dessin-gag de Jacques Kamb, peu après notre première rencontre... par caméra interposée !)

Les prochains articles de ce blog apporteront quelques éclairages sur divers personnages rencontrés durant le tournage, évoqueront les tournages eux-mêmes - passés ou à venir - ainsi que les documents trouvés, les recherches en cours, et constitueront (comme l'intitulé du blog le laisse pertinemment entendre... haha) une sorte de "journal de bord" de cette entreprise démarrée il y a plusieurs années et qui connaîtra un aboutissement à la fin 2013.

Et ce n'est pas tout...

D'autres événements liés à l'univers de Vaillant et Pif se profilent à la rentrée... et les lecteurs de ce blog en seront les premiers informés !
Des surprises de taille... 
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Mais avant toute chose, je profite de ce 1er article du journal de bord pour partager quelques liens très utiles ou amicaux, qui ont permis parfois de démarrer une belle histoire, ou bien donnent à voir et parfois découvrir pour la première fois des documents magnifiques. C'est ma manière de les remercier d'être, eux aussi, ces ados éternels et éternellement émerveillés qu'on ait pu s'adresser à leur enfance en leur ouvrant autant de portes...

(une série extraordinaire de fascicules retraçant de nombreux épisodes de l'histoire de Vaillant et Pif-Gadget, réalisés par Richard Médioni et Françoise Bosquet, avec l'aide d'Hervé Cultru, Mariano Alda, Bernard Ciccolini et plein de collaborateurs enthousiastes. Et c'était gratuit ! Malheureusement les numéros ne sont plus en ligne...)

(Le site par lequel beaucoup de choses ont démarré, et notamment le livre de Richard Médioni, qui avait en quelque sorte lancé sur ce site les premiers articles de son futur ouvrage) - réalisé par Philippe Baumet

(on y retrouve une série de clip et vidéos exclusives consacrées à des personnalités ou événements liés à Vaillant ou Pif)

(Une partie du forum "Pimpf" est consacré à l'univers de Vaillant et Pif)

(On y trouve régulièrement des articles mettant en valeur de magnifiques illustrations choisies dans l'histoire du journal Vaillant ou Pif)

Les liens vers d'autres sites "amis" et généralement incontournables viendront agrémenter les articles suivants... ;-))

Jean-Luc Muller - juillet 2012



Clin d'oeil : dans le film "Peur sur la ville" d'Henri Verneuil (tourné en 1974, alors que Pif-Gadget est encore à son apogée !), on voit Jean-Paul Belmondo feuilleter un... "Docteur Justice")